October 20, 2026  ·  Issue No. 10  ·  Vol. 20

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Carnaval brésilien : le regard de Joe Jean Charles, journaliste haïtien à Salvador

Journaliste, poète et photographe haïtien installé au Brésil, Joe Jean Charles raconte sa découverte du Carnaval brésilien, de Santa Catarina à l’effervescence de Salvador.


Marie Juliane DAVID

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Journaliste, poète et photographe haïtien récemment installé au Brésil, Joe Jean Charles raconte sa découverte du Carnaval brésilien entre une fête locale à Santa Catarina et l’effervescence populaire de Salvador. À travers son témoignage, le Carnaval apparaît comme un patrimoine vivant, un espace de mémoire afrodescendante et un pont culturel entre le Brésil et Haïti.

L’expérience de Joe Jean Charles avec le Carnaval brésilien commence en février 2025, lors de la première édition officielle du Carnaval populaire de São João Batista, dans l’État de Santa Catarina. Plus modeste que les grandes célébrations de Rio ou de Salvador, cette fête locale l’a marqué par son intensité, sa proximité et la participation active des habitants. Les blocos, bien que plus petits, ont pleinement incarné l’esprit du carnaval.

Comme il le souligne dans son témoignage, cette première expérience représentait une renaissance locale, portée par la participation collective : « ils ont incarné l’esprit du carnaval : la communauté, la créativité et la joie partagée ».

Brazilian Carnival 2026

En février 2026, il vit ensuite le grand Carnaval de Salvador, à Bahia. Ce changement d’échelle lui permet de découvrir une autre facette du phénomène carnavalesque brésilien, plus vaste, plus historique, mais aussi profondément enracinée dans la mémoire afro-brésilienne. Cette double expérience, entre intimité locale et grandeur populaire, lui offre un regard plus complet sur la diversité du Carnaval au Brésil.

Joe Jean Charles résume ce contraste avec justesse : « ici, à Salvador, le carnaval est plus spontané, plus organique : il reflète une culture vivante, enracinée, et une connexion intime avec les traditions afro-brésiliennes ».

Il insiste aussi sur la pluralité des expressions carnavalesques au Brésil, bien au-delà des images emblématiques de Rio. Dans ses mots, « chaque région déploie ainsi son propre langage visuel et sonore, sa propre dramaturgie », ce qui fait du Carnaval « une métaphore de la diversité brésilienne ».

Brazilian Carnival 2026

Entre Brésil et Haïti : similitudes, différences et héritages afrodescendants

En tant qu’Haïtien, Joe Jean Charles perçoit de fortes résonances entre le Carnaval de Salvador et celui de Port-au-Prince et de Jacmel. Il évoque les rythmes afrodescendants, la place centrale de la danse, l’expression artistique populaire et l’implication de la communauté.

Il le dit clairement : « Salvador, en particulier, me rappelle Haïti, plus précisément, la belle époque de Port-au-Prince et de Jacmel ». Cette proximité se lit, selon lui, dans « ses rythmes afrodescendants, sa musicalité rituelle et son expression populaire ».

Pour Joe Jean Charles, cette résonance s’inscrit dans un héritage africain partagé. Il décrit un lien profond entre les deux pays, où « chaque geste, chaque pas de danse et chaque son tisse un dialogue avec les racines africaines, un fil invisible qui relie deux continents à travers le temps et l’émotion ».

Carnaval brésilien : le regard de Joe Jean Charles, journaliste haïtien à Salvador (photo 3)

Il souligne toutefois des différences importantes. Son observation est précise : « Rio codifie avec brio ses défilés à travers les écoles de samba et des chars monumentaux, tandis qu’Haïti privilégie plutôt une approche artisanale, satirique et souvent politiquement engagée. Salvador, quant à lui, combine ces deux aspects : spectacle grandiose et expression populaire authentique ».

Au-delà de la fête, il considère le Carnaval comme un miroir des identités brésiliennes. Il voit dans sa diversité régionale une clé de lecture du Brésil contemporain. Comme il l’exprime, « le Brésil n’est pas unifié par un seul visage festif, mais par un ensemble complexe de traditions régionales, de récits historiques et de patrimoines vivants ».

L’un des aspects les plus marquants de son témoignage est l’immersion dans les blocos. Joe Jean Charles insiste sur un point essentiel : « On ne se contente pas de regarder : on vit la fête avec chaque fibre de son corps ». Au cœur de la foule, porté par les tambours, les chants et les rythmes, il ressent une communion immédiate avec les participants. En tant que photographe et poète, cette immersion lui permet de capter des images et des émotions brutes, de saisir l’âme de la foule et la poésie du mouvement.

Un sentiment de fraternité universelle

Il décrit aussi l’accueil des Brésiliens comme chaleureux, inclusif et curieux. Cette ouverture facilite l’intégration et nourrit un véritable sentiment d’appartenance. Il note que participer au Carnaval, c’est être accueilli dans « une communauté éphémère mais profondément solidaire, où les différences s’effacent au rythme des musiques ».

Brazilian Carnival 2026

À Salvador, cette expérience a renforcé son intégration tout en ravivant ses racines haïtiennes. Il parle d’un « sentiment de fraternité universelle » et d’ « une véritable immersion dans l’âme populaire ».

Joe Jean Charles insiste également sur l’accessibilité du Carnaval, notamment à Salvador, où les blocos de rue gratuits permettent à toutes les classes sociales de participer. Il y voit « un véritable espace démocratique », où la convivialité et la créativité émergent sans barrières financières.

Enfin, il rappelle que le Carnaval n’est pas seulement festif. Il peut aussi devenir un espace d’expression sociale et de dialogue public, notamment autour de la lutte contre le racisme, des violences faites aux femmes, de la protection des enfants et de la valorisation des cultures afro-brésiliennes.

Carnaval brésilien : le regard de Joe Jean Charles, journaliste haïtien à Salvador (photo 5)

Joe Jean Charles

Pour toutes ces raisons, il estime que vivre le Carnaval brésilien au moins une fois est une expérience inoubliable. Plus qu’un spectacle, c’est une rencontre avec une culture vivante, une mémoire collective et une humanité en mouvement. À ses yeux, le Carnaval est un pont culturel entre le Brésil et Haïti.

Sa conclusion résume toute la portée de cette expérience : « la musique, la danse et les émotions vives sont des langages universels qui rapprochent les peuples ».

Author

  • Marie Juliane David is a multilingual journalist, poet and novelist, and the founder and Director of Publications of CreARTivity Magazine, which she launched in January 2026 and publishes daily in English, French, Spanish and Haitian. To learn more about her and her work, visit her portfolio.

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